Solitude

Feuille suspendue dans les airs

Feuille suspendue dans les airs

Au foyer, j’ai découvert la solitude, une solitude vraie, authentique, et enseignante.

Au foyer, il n’y a pas de place pour les amitiés de façade : celles d’avec les gens qu’on croise, les collègues, les amis qui travaillent dans le même quartier par exemple, par obligation, par habitude, parce que c’est facile. Ces relations sur lesquelles parfois on compte, à tord ou à raison, mais sans forcément s’en rendre compte. Je n’avais pas conscience du point auquel beaucoup des relations restent très superficielles. Je ne me rendais pas compte que je m’attachais beaucoup, que je voulais inclure les gens dans mon cercle quand je ne faisais que frôler les leurs. J’attendais, j’espérais beaucoup, j’étais très déçue. Lorsqu’il faut faire un effort supplémentaire pour croiser ces gens, on peut réaliser beaucoup de choses. Je me suis rendu compte que je gardais certaines relations alors que je m’y sentais mal : je n’avais aucune envie de fournir l’effort supplémentaire pour les voir. Je me pensais tellement petite qu’il me fallait conserver toutes les relations, même celles qui ne m’apportaient pas de bien être, simplement parce que je me disais que je ne pouvais pas me permettre de faire le tri. Si j’avais la chance qu’une personne me parle, il fallait que je la saisisse.
Je me suis rendu compte que je comptais fort peu pour d’autres : ils n’étaient pas du tout prêts à faire l’effort supplémentaire. Je ne m’y attendais pas, et il m’a fallu des mois pour faire le deuil de certaines relations.
Il a fallu que je comprenne que si beaucoup de mes liens étaient à sens unique, c’est parce que mon comportement l’impliquait. Je donnais, mais je ne demandais jamais. Je donnais en sacrifiant des choses, des moments importants pour moi, sans qu’on me le demande. Je donnais « trop » en m’attendant à ce que ça soit pareil en face. Mais en face on ne m’en a jamais demandé autant, par contre, on en prenait l’habitude, et c’était normal.
Cela est allé plus loin qu’un tri dans les amis, comme on se retrouve toujours à le faire à des périodes critiques de la vie. Cela a été une remise en question complète des relations en général, des amitiés en particulier. Je ne crois plus à l’amitié fusionnelle telle que ma mère en connaît une et dont j’ai réalisé que je la cherchais sans cesse. Je crois plutôt aux moments d’amitiés, sincères, mais passagers. Peut-être que c’est plus triste, ou peut-être que c’est plus sain, je ne sais pas.
J’ai eu une phase vraiment dure où je me disais qu’au fond, tout le monde se fiche de tout le monde. Personne ne s’attache vraiment. Je me disais que ma vision du monde était totalement inadaptée à ce qu’il était en réalité et que jamais je n’y serais bien. Aujourd’hui encore je ne sais pas quoi penser de cette notion d’attachement, mais force est de constater que j’attends trop, ou de travers, je ne sais pas.
J’apprends à attendre moins, j’ai fait beaucoup de chemin. Il y a toujours des moments où je me sens déficitaire. Peut-être que c’est moi qui ne suis pas assez amicale…

Au foyer, il n’y a pas de reconnaissance, inutile de la chercher. Pas de chef à qui faire plaisir, pas de collègue duquel attendre un remerciement sur une aide. Pas forcément non plus de place dans la société. Et c’est finalement en m’en détachant que j’ai pu commencer à faire un autre chemin : celui de la satisfaction interne. Etre contente d’un travail parce que JE pense qu’il est bien fait. Ne plus dépendre du regard de l’autre pour faire un choix, pour apprécier quelque chose. Et ne plus dépendre, c’est être autonome et maître d’une bonne partie de son bonheur.
Ca peut être vite compliqué quand on n’a plus de guide sur ce qu’il « faut » faire pour être un « bon » employé. Comment savoir où mettre la barre sur l’éducation des enfants, la tenue de la maison, la cuisine, le ménage, les courses… ? On peut vite exiger beaucoup, ne pas réussir à l’atteindre, et se sentir nul. On peut vite exiger très peu, et s’enfoncer dans l’ennui.
Mais finalement, puisque ce qu’on fait n’a de réelle importance que pour nous-même, on est libre de mettre la barre où on veut. De se fixer des objectifs et de se battre pour les atteindre, ou d’en changer 40 fois parce que finalement ça ne nous correspond pas. On est libre de faire le choix d’être faible, d’être fort, ou de ne même pas vouloir se mettre l’un ou l’autre mot sur la tête. On est libre de se faire une maison nickel du sol au plafond ou de se laisser envahir par le bordel.
Les enfants font cela, les enfants entreprennent des jeux, des constructions, des exercices. Certains s’acharnent même si ça les énerve. D’autres arrêtent dès que ça les agace. Ils font parfois l’un parfois l’autre. Ils ne se posent pas de question, ils se suivent eux-mêmes.
J’ai l’impression qu’être au foyer me permet de réapprendre certaines choses de l’enfance : en ne pouvant compter que sur moi-même, je devais enfin… compter sur moi. Apprécier ma propre compagnie, mes actions, mes pensées. Ce qui est « de base » chez un enfant et qui se détricote bien trop vite et qu’on appelle la confiance en soi.

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17 réflexions sur “Solitude

  1. Je ne suis pas femme au foyer, mais je comprends ce que tu ressens… moi c’est au boulot que je ressens cette solitude, on connais beaucoup de monde mais je n’ose pas faire le pas vers les autres, je suis disponible pour tout le monde, je dis oui souvent car c’est mon caractère mais j’avoue que je ne sais pas m’imposer… J’ai aussi mis de la distance avec une copine que je voyais régulièrement car à chaque fois que je la voyais, je revenais en pleurs car rien n’était normal pour elle (le fait que mon BF vivait chez nous), et puis je crois que le fait de la voir heureuse me faisait mal aussi, moi qui n’avait pas la moitié de e qu’elle a… bref, elle était trop occupée pour prendre de mes nouvelles, et je n’osais pas la déranger (saleté de caractère timide) et puis j’ai retrouvé des copines du collège (elle je la connaissais du lycée) et puis on s’est aperçue qu’on s’était quasiment toutes mise au tricot/crochet, n’empêche ça rapproche :p je suis aussi un peu solitaire, ça n’aide pas non plus… Tout ça pour dire que la vie va et vient, on s’éloigne de certain(e)s, on se rapproche des autres et puis on fait la connaissance de personnes avec qui on discute de tout de rien et que malgré l’écran, ils tiennent une grande place!! NON tu es pas seule!!! NA!

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    • Merci d’être toujours là, comme on a dit sur twitter, je vais me botter les fesses pour essayer d’aller plus vers les autres aussi 🙂
      Et puis parfois, je vois/apprends à connaître des gens que j’apprécie vraiment, mais j’ai l’impression de ne pas réussir à faire le lien, comme si ça n’était pas réciproque, et ce n’est pas facile de ne pas se monter le bourrichon…
      Bisous 🙂

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      • je me dis toujours de ne pas trop m’attacher à certaines personne… comme on dit: « ne mets pas une priorité les gens pour qui tu n’es qu’une option » ou un truc dans le genre! en tout cas c’est la réflexion que je me suis faite ce matin et que je me suis dit qu’il allait falloir que je l’applique!!

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      • Oui peut-être parce que tu n’as pas encore identité la raison pour laquelle tu t’attaches très vite ? Mon chemin a été de constater que j’attendais que les autres m’aiment et me renvoient une bonne image, parce que je n’aimais pas. J’étais dépendante de cette image alors je devais être l’amie parfaite toujours super dispo et qui ne demande pratiquement jamais rien. Résultat, je suis devenue une option très pratique pour certains mais sans réciprocité. Je suis encore loin de l’équilibre, mais je crois que ce chemin m’a appris petit à petit à me respecter : ne pas proposer une aide quand je ne me sens pas de la donner, ne pas sacrifier des temps libres auxquels je tiens, ce genre de choses…

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  2. Parfois on s’investit justement quand on est au foyer dans des activées bénévoles : et là c’est aussi un manque de reconnaissance… car pour beaucoup, du moment que ça n’est pas rémunéré, c’est pas une vraie activité.
    Moi je pense que si tu t’épanouis dans ce que tu fais, il faut alors essayer de s’affranchir de cette pression sociale. Et là-dessus tu as fait un grand chemin je trouve ces dernières années, je ne sais pas si tu t’en rends compte!
    Bisous

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    • C’est juste, le travail associatif est invisible aussi, et pourtant il apporte tellement… J’ai envie de sortir de ma réserve pour dire que j’existe aussi, que j’apporte à ma façon, et que je ne veux pas qu’on m’oublie !!
      Je n’ai pas toujours de recul sur le chemin parcouru, ça fait du bien d’avoir des messages comme le tien 🙂

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  3. La solitude c’est une chose que j’ai toujours redouté au plus profond de moi même, cette satanée peur de ne pas être aimée, d’être abandonnée. Pas besoin d’un psy quel qu’il soit pour savoir d’où elles me viennent ces peurs, et force est de constater qu’elles sont fondées à tout point de vue. Ce que je ne sais pas c’est pourquoi je mérite ça, qu’est-ce que j’ai fait de mal pour ça, pourquoi faut-il que d’une façon ou d’une autre je me retrouve seule, pourquoi faut-il que d’une façon ou d’une autre on m’abandonne?
    Je crois que c’est entièrement de ma faute.

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    • Et moi je crois qu’il faut vraiment que tu sortes du système de la faute justement. Cela ne te mène nulle part de te fustiger ainsi, car tu restes victime et non actrice de ta vie.
      Ce sur quoi tu te focalises prend plus de place : il y a aussi beaucoup de gens qui sont présents dans ta vie, qui ne t’abandonnent pas, ne méritent-ils pas que tu portes ton attention sur eux ? Il y a aussi des choses dans ta vie qui continuent de fonctionner, comme le tir, et je suis sûre que tu sais en trouver d’autres : ces choses ne méritent-elles pas d’être appréciées ?
      Une personne complexée par son ventre prendra tous les regards vers son ventre comme des regards critiques. Certains le sont, d’autres passent juste par là, d’autres regardent le pull ou la ceinture. C’est comme si tu regardais ta vie à travers un prisme qui ne laisse passer que le négatif.
      Lorsqu’on conduit les yeux fixés sur un obstacle, on s’y rend. Nos comportements sont très gouvernés par nos peurs et induisent souvent chez les autres la réaction que l’on craint. En ayant peur du rejet, on se met de côté, et les gens font moins attention à nous. Je me suis longtemps demandé pourquoi j’étais exclue des conversations en grosse réunion de famille. C’est simple : c’est moi qui quitte la table et assiste à la conversation de plus loin !
      C’est toi qui as le pouvoir. Le pouvoir d’aller chercher de l’aide, médicamenteuse ou psychologique (y compris de changer de psychologue puisque celle-ci semble te déprimer encore plus). C’est toi qui as le pouvoir d’apprendre à t’aimer.
      Je comprends, je vois à quel point c’est difficile. Dans une bien moindre mesure je suis passée par là. J’espère qu’un jour tu auras le petit déclic qui te permettra de te pardonner, de t’aimer, de t’autoriser à faire ce qui est bon pour toi ❤
      Tu es un être humain comme les autres, ni meilleure ni plus mauvaise

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  4. Très bel article dans lequel je me retrouve un peu. Moi aussi je suis femme au foyer pour le moment. Le travail et les relations superficielles entre collègues ne me manque pas. C’est juste que j’ai l’impression d’être à l’écart de la société car pour beaucoup, quand tu n’as pas de travail tu n’es rien, tu n’as pas de vie sociale. Mais j’apprends à l’accepter. J’ai un mari et des enfants et ma vie est très bien comme elle est. Le regard des autres, je m’en fous maintenant, mais ça n’a pas toujours été le cas. Les gens sont toujours là pour nous juger, alors moi aussi j’ai fait du tri dans mes « amis ».
    Bravo pour cet article 🙂

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  5. La solitude, c’est un thème très récurrent dans ma vie.
    Si je devais me définir, je dirais « seule au milieu d’une foule ».
    Je me suis toujours régulièrement sentie seule, alors que j’étais pourtant entourée.
    Paradoxe.
    Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet.

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    • Cela me parle aussi. Même dans les moments où on voit plein de monde, l’impression que personne ne sait ce qui se passe vraiment pour nous… ?
      Peut-être qu’il nous faut accepter ça, peut-être que notre définition de l’accompagnement est irréaliste… pendant longtemps je me suis dit que j’avais une vision du monde qui ne collait tellement pas à la réalité que je ne pouvais qu’y être mal. Je ne sais pas s’il faut se battre pour la faire vivre (et il faut en avoir l’énergie) ou accepter l’autre.

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