Le pourquoi du congé parental

Il y a quelque temps, je vous faisais part de ma (en fait, notre, car mon mari a eu largement son mot à dire) décision de prendre un congé parental après la naissance du petit bonhomme.

La lettre recommandée est donc partie chez mon employeur, afin de lui annoncer une absence d’un an.

J’ai évoqué un projet. Je ne sais pas si ça va fonctionner. Mais ce que je sais, c’est que je vais faire mon possible pour ne pas retourner à mon travail actuel…

Ce travail est loin de chez moi.

3 heures quotidiennes de transport, quand tout se passe bien, c’est-à-dire pas de grève, pas d’incident technique, pas de régulation du trafic, pas de neige, pas de verglas, pas de personnes sur la voie, …

3 heures c’est long, ça fait beaucoup de temps perdu, même si j’aime beaucoup lire.

3 heures par jour, ça fait 15 heures par semaine. En fait 12 car je faisais une journée de télétravail par semaine.

3 heures, c’est fatiguant. Beaucoup de bruits, de gens, de déplacements, de heurts, des journées rallongées d’autant.

3 heures, c’est éprouvant pour un dos sciatiqué et une hypersensible.

Vous allez me dire que je le savais en acceptant le poste. Oui et non, disons que c’est un peu compliqué…

Ce travail me plaisait au début, les premiers mois, disons les 8 premiers mois. J’apprenais plein de choses, je côtoyais pas mal de gens, je mettais en place mon organisation. Je m’investissais beaucoup en énergie, et en temps aussi. Et puis, tout ça s’est usé. Le travail est devenu répétitif, et ingrat parce qu’il fallait toujours tout recommencer.

De plus, au bout d’un an, je me suis rendu compte que je ne me sentais toujours pas en poste, toujours pas hors période d’essai, toujours pas admise. Il fallait toujours faire la preuve de quelque chose, toujours aller plus haut, ce n’était jamais assez.

J’en ai eu marre de tout ça, mais pas que.

J’en ai eu marre que les horaires comptent plus que le travail abattu. Je me suis souvent fait reprocher le fait de partir tôt (c’est-à-dire en fait, à l’heure…), alors que tout mon travail, et même plus, était fait.

J’en ai eu marre que les lauriers de mon travail retombent sur quelqu’un d’autre.

J’en ai eu marre de m’investir de travers. J’ai mis de l’énergie, du temps, et de la douleur physique dans des choses qui n’étaient pas les bonnes, qui ne comptaient pas, alors j’en ai eu marre de me tromper, d’être à côté de la plaque.

J’en ai eu marre d’avoir la sensation d’être une idiote, une jeune inexpérimentée qui ne comprend pas les enjeux d’une entreprise. J’ai donc décidé de ne plus rien contester. Et alors, j’en ai eu marre, parce qu’on m’a reproché de faire les choses sans rien dire alors qu’on sentait que je n’étais pas d’accord.

J’en ai eu marre des réunions « politique », qui font perdre du temps mais gagner des points.

J’aurais peut-être pu continuer quand même. Pour le salaire, pour le titre, pour la journée de télétravail, pour les collègues que j’adore et qui me manquent énormément, et pour d’autres choses qui font que je n’ai pas à me plaindre.

Pour l’entreprise ? Non. J’ai perdu foi en elle. Je n’aime pas sa politique, même si je comprends bien comment et pourquoi elle s’est mise en place. Je n’y adhère pas. Je ne suis plus fière de la présenter. C’est dur pour moi de travailler en suivant une voie que je crois mauvaise, d’avoir de fait l’impression de me trahir ou de ne pas assez bien savoir défendre mon opinion pour convaincre, et finalement, d’avoir l’impression de faire un travail mauvais (par rapport à ce que je pourrais faire), inutile (par rapport à ce que je voudrais faire).

Alors voilà, une page est en train de se tourner. L’arrivée du petit bonhomme est l’occasion de se poser des questions, de tenter autre chose.

Je vais peut-être balancer par la fenêtre mes années d’étude et de travail. Je vais peut-être le regretter. Mais je suis déçue, et blessée aussi, de ce que j’ai trouvé dans le monde du travail. Je ne me sens pas armée pour m’y épanouir.

Alors je vais tenter une autre route. Si c’est une impasse, je reviendrai en arrière, je rejoindrai mon artère en changeant de file : si je reste dans mon domaine actuel, je vais au moins essayer de trouver quelque chose plus près de chez moi.

Ecrire cet article m’attriste. J’ai tiré plein de bonnes choses de mes expériences professionnelles, mais je me sens toute petite et démunie face à ce monde. J’en vois se battre avec armes et bouclier, quand je suis encore en train de forger les miens. Mais peut-être est-ce un mal pour un bien, peut-être que je vais trouver une nouvelle voie, ou une nouvelle entreprise, où je me sentirais mieux ?

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21 réflexions sur “Le pourquoi du congé parental

  1. Bonsoir, j’ai découvert ton blog il y a quelques temps mais n’avais jamais posté de commentaire.
    Ton article me parle puisque j’ai fait ce même choix pour les mêmes raisons….
    C’est une décision qui n’appartient qu’à toi (et ton mari bien sur) et qui te permettra de trouver le bon chemin !!

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  2. Je pense qu’il ne faut pas renoncer a un métier que tu aimes pour une mauvaise expérience, une boite pas sympa. Si tu aimes ce que tu fais, l’envie va revenir, et le courage de recommencer et chercher mieux! Pour le trajet je te comprends a 200%…

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  3. Je constate que nous en sommes toutes au meme point! Je crois que la maternité nous ouvre les yeux sur la dure réalité du monde du travail…. Rien de rassurant pour l’avenir!!! Je te souhaite de te trouver!!! Tu as raison de suivre ton instinct.

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    • Merci 🙂

      Pour ma part l’arrivée du petit bonhomme me donne l’excuse pour tenter autre chose, cela fait un moment que je me pose ces questions. Etre maman donne une raison supplémentaire de se lancer…

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  4. Euuuuh, comment dire ???
    Je suis 100% sur la même longueur d’ondes. =D
    (sauf que je n’ai pas de bébé, ni de congé parental, lol)

    Je comprends tout à fait ce que tu veux dire quand tu dis que tu ne te sens pas armée. Et en même temps, j’ai l’impression que les gens comme nous (i.e. exceptionnels :D) ne peuvent pas s’armer contre un tel monde. Parce que ça demande trop de fausseté et d’enfoiritude.

    Cela ne fait pas siiii longtemps que je te connais, mais je suis à peu près sûre que tu ne deviendrais jamais comme ça. Et je commence à réaliser que moi non plus.

    Après, n’ayant pas le choix, je me fraierai un chemin tant bien que mal. Mais j’ai renoncé à me travestir pour eux. Et tant pis si je reste à la traîne derrière tout le monde, tant pis si je n’ai jamais la reconnaissance que je mérite.

    Quoi qu’il en soit, je suis vraiment contente pour toi. Ne vois pas ce choix comme un abandon. De nombreuses opportunités s’offrent et s’offriront encore à toi. Et j’espère de tout coeur que tu y trouveras une voie qui te permettra de t’épanouir.

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    • J’attendais ton commentaire avec impatience :))))

      Je suis contente qu’on soit sur la même longueur d’ondes, même si je préférerais que tu t’éclates là-bas ! Je pense que tu prends la bonne route : ne pas chercher à te changer, tu es si différente et si loin de cet état d’esprit, mais essayer de faire avec, pour ne pas trop subir non plus. J’espère que tu arrives à trouver ton équilibre là-dedans. Ca me ferait chier qu’ils te transforment, t’es trop bien comme tu es 🙂

      Gros bisous !!

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  5. la maternité ouvre les yeux a beaucoup de femmes.
    je me trouve dans la même situtation que toi à la différence près qu’ici le congé parental n’existe pas vraiment, soit tu prends une année sabatique sans solde soit tu claques la porte de l’entreprise..Donc je suis au chomage et si je reprend dans ma branche je passerais toutes mes journées loin de mon bébé pour le récupérer à 19h30…les mamans ont des choix très difficiles à faire et je doute qu’autant de papa vivent de tels cas de conscience..
    Bisous et plein d’ondes positives pour toi

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    • Je rentrais aussi à 19h30. Ca me pesait déjà sans bébé, mais quand on a commencé les essais, j’ai tout de suite pensé que ça serait invivable, que je ne le verrais presque pas pendant un long moment. Confirmé par une voisine qui m’a dit avoir à peine le temps de voir son bonhomme de deux ans parce qu’elle rentre à 18h 😦

      C’est très difficile de choisir entre carrière et voir grandir ses enfants, c’est un choix cruel. Et le pire, c’est que beaucoup de femmes n’ont pas ce choix, elles doivent retourner bosser 😦

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  6. Je crois vraiment que tu peux etre fiere de toi, parce que tu as pris une decision. Peut etre que tu en auras marre d’ici quelques temps, mais il vaut mieux avoir un peu de regrets que beaucoup de remords de ne pas t’etre lancee. Ensuite, avec le conge parental, tu pourras toujours revenir dans ta boite… pour mieux en partir 😀

    Je crois aussi qu’il y un bug dans notre education (notre au sens large), dans le sens ou la societe nous a promis que les etudes nous donneraient un metier interessant et epanouissant. Alors, bien sur, tout n’est pas noir, et le boulot apporte ses petites victoires et joies, qu’il faut savoir apprecier. Mais globalement, on travaille passke on a besoin de SOUS, et que le cote epanouissant n’a jamais vraiment existé, dans le sens ou l’on nous l’a presente en tout cas.

    encore une fois: felicitations!!!

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    • Oui c’est ce que je me dis, le risque est limité, je peux reprendre mon taf, ou en rechercher un autre qui à avoir un salaire plus bas. Je pense qu’un arrêt d’un an après une naissance peut encore se justifier sur un CV, en tout cas je l’espère. On verra bien…

      Comme dirait mon mari, on a bâti un plan (au moment où c’était encore loin, et donc un peu moins stressant d’y réfléchir), on s’y tient, l’essentiel étant de s’y investir pour se donner toutes les chances que ça fonctionne…

      J’explique ma déception par mon caractère un peu naïf, des études longues avec stage en laboratoire, donc une confrontation tardive avec toutes ces réalités. Et aussi par le fait que, toujours naïvement, je travaille pour l’entreprise en faisant ce que je pense être bonne pour elle, et pas pour ma tronche 😉

      Merci de ton message :))

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  7. oh je te comprends bien…
    Quand j’ai repris le travail après la naissance mon premier, j’ai du le laisser 11h30 par jour chez la nounou (et encore heureux, j’avais repris à 80%).
    Là, pour le deuxième j’ai pris 1 an de congé parental pour m’occuper de mon entreprise, mais je ne peux pas me permettre de prendre plus, et je reprends en novembre…
    ça va être dur.
    Alors, fonce ! Bats toi pour ton projet toute cette année, pour que tu puisses en vivre ! Bon courage 🙂

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    • 11h30 c’était exactement mon temps d’absence quotidien et je trouvais déjà ça énorme. Qu’est-ce que ça devait être quand tu étais à temps plein ! 😦

      Que fais-tu comme travail ? J’espère qu’un jour ton entreprise de permettra de pouvoir le quitter

      Merci, j’essaie tous les jours d’avancer, et je croise les doigts !!

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  8. Je te comprends et je suis d’accord avec toi
    Il faut pouvoir t’epanouir dans ta vie professionnelle pourse sentir bien

    Il ne faut pas être triste une nouvelle page vierge à écrire un nouveau tournant et en plus tu peux profiter de tes erreurs passé

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  9. Pingback: En vrac | Vaallos est bavarde

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