Mais non… Tu es trop sensible… Ce n’est pas vrai…

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(Raconté en français à la fin de l’article (2))

Je relis un livre de Faber & Mazlish (1). Il est entre autres choses question des sentiments. Elles disent qu’un sentiment est un sentiment, qu’il n’a pas à se justifier. Et qu’à force de dire à un enfant que mais non ça ne fait pas mal, mais non ça ne fait pas peur, peut-être bien qu’on peut le couper de sa petite voix intérieure. Celle qui lui dit ce qu’il est, celle qui le protège aussi, son instinct en quelque sorte. Et bien sûr, qu’à force de s’entendre dire que mais non, tu ne ressens pas ce que tu ressens, il y perd toute sa confiance.

Je me dis que j’en ai entendu des « mais non ». Comme beaucoup de monde évidemment. J’étais, je suis, classée dans les trop sensibles. Alors forcément je me trompe, et je me trompe beaucoup, n’est-ce pas ?

Je me trompe comme tout le monde. Mais vous savez quoi ? J’ai l’impression de surtout me tromper quand je ne m’écoute pas. Quand je me dis : mais non.

Le non dans ma tête est quasiment un réflexe. « J’ai envie de… NON » ; « Et si je faisais… NON » ; « Peut-être qu’on pourrait tester… NON » ; « Et si en fait cette situation était due à… NON ». Ca va tellement vite que parfois je n’arrive même pas à me souvenir de l’idée de départ. Tuée dans l’œuf.

Depuis quelques temps je tourne autour de l’idée des devoirs. C’est venu tout simplement, un soir que j’essayais de faire un calcul pour un tricot, j’ai eu l’impression d’être de retour dans une certaine cuisine à faire mes devoirs. La tension m’a envahie des pieds à la tête et gelé le cerveau. Je n’ai pas été capable de faire le calcul. Je n’ai même pas été capable d’y réfléchir. Depuis, tous les jours à l’heure des devoirs, je ne me sens pas très bien, j’ai le cafard. Je me dis que j’ai frôlé quelque chose. J’essaie d’en parler. J’essaie d’identifier. Aussitôt la phrase arrive : c’est parce que tu étais trop sensible, trop ceci, trop cela.

J’ai laissé le sujet de côté. Mais lui ne m’a pas laissée.

En triant des affaires, les pensées ont déferlé, parce que je suis retombée sur des affaires de collège et de lycée et que des sentiments, des sensations y étaient liées. Je me suis dit que j’avais sans doute tord et que mes souvenirs étaient faussés et que… au bout d’une heure j’ai fondu en larmes parce que j’en avais assez de me dire non, d’avoir l’impression de n’être pas autorisée à ressentir.

Et si je faisais totalement fausse route ?

Et si en fait, j’avais raison de ressentir ce que je ressens ? Et si en fait, je n’étais pas trop mais seulement très sensible ? Et si j’avais senti beaucoup de choses ? Des choses que même les intéressés n’avoueraient ou ne s’avoueraient pas ? (ou peut-être que si mais en fait, ça n’est pas le sujet) Et si j’avais compris bien trop de choses, porté bien trop de choses, pendant des années, sans avoir vraiment le droit de les penser, sans pouvoir mettre des mots dessus ? Sans pouvoir les comprendre non plus…

Et si j’apprenais à réécouter cette petite voix ?

(1) Adele Faber et Elaine Mazlish ont signé plusieurs ouvrages autour d’une idée plus douce de l’éducation des enfants, de la communication en générale, et aussi du respect de soi. Il y est question du respect des émotions de chacun, d’apprendre à les verbaliser sans blesser, d’accompagner l’enfant pour aider sa confiance à grandir avec lui. C’est très difficile à résumer en quelques mots, mais le site des Vendredis Intellos propose plusieurs articles au sujet de leurs livres.

(2) Je ne me risque pas à la traduction littérale du texte mais voici l’histoire. La fille de l’auteur revient tourneboulée de la piscine, où elle et ses copines ont rencontré un adolescent sympa avec qui elles s’amusent bien. Au bout d’un moment l’ado l’emmène à l’écart avec une de ses copines et demande à lui lécher les pieds. La copine trouvait ça amusant, mais elle ne s’est pas sentie bien avec cette proposition et est rentrée chez elle. La mère très soulagée tente de cacher son soulagement et lui dit que ses sentiments lui ont dicté quoi faire. Et alors elle se demande si un enfant confiant en lui et en ses sentiments est ainsi plus en sécurité. Et si lorsqu’on nie ses perceptions, on affecte son aptitude à sentir le danger, et on le rend plus vulnérable à l’influence des autres qui auraient de mauvaises intentions.

Je repense tout à coup à une situation bien précise, à une mauvaise rencontre. A laquelle dès le début j’ai eu envie de tourner le dos, j’ai eu envie de partir en courant, sans savoir dire pourquoi. Et je me suis répondu « mais non », puisque je n’étais pas capable de le justifier factuellement, c’est que je devais me tromper. Et pourtant, j’avais tellement raison…

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4 réflexions sur “Mais non… Tu es trop sensible… Ce n’est pas vrai…

  1. Ton article me touche. Je me retrouve quelque part dans ce que tu dis. Sentir des choses sans arriver à mettre des mots dessus et sans qu’il y ait de côté rationnel… c’est tellement mal compris par le monde extérieur ! Bon courage pour ce réapprentissage.

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