La bienveillance commence par soi

Il n’y a pas si longtemps j’avais la grande révélation que si on fait des choix en accord avec soi-même, alors on est sur sa voie, et on va forcément quelque part. Si je l’ai compris, la mise en application n’est pas toujours aussi simple. C’est logique… Plus de 30 ans d’habitudes ne s’effacent pas en quelques mois.

En relisant un de mes livres fétiches sur l’éducation non violente, je me suis heurtée à la notion de respect de soi (j’en parle ici aux Vendredis Intellos).

Si tout ce que j’ai écrit là-bas me semble logique et cohérent, j’ai pourtant encore beaucoup de mal à l’appliquer.

Je reste sensible au modèle que j’ai connu, celui de ma mère, qui a subi sa condition de mère au foyer. Je suis sensible à tous les sites pro-éducation bienveillante, aux lectures dans ce domaine, qui sont parfois très culpabilisantes sur toutes les conséquences de nos actes non-bienveillants, et génèrent aussi une pression supplémentaire : celle de la perfection ! La culpabilité ressentie à ne pas être à la hauteur nous pousse à repousser nos limites.

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(Résumé en fin d’article)

Le passage qui m’a donné le plus de mal est celui de cette maman qui n’aime pas conduire et qui est invitée par le groupe à limiter ses déplacements en mettant d’avantage à contribution sa fille : déplacements à pieds, à vélo, inviter ses amis plutôt qu’aller chez eux etc. Parce que malgré tous les efforts de la mère, la fille sent parfaitement que sa mère n’est pas à l’aise. Je vois bien au quotidien que cette idée n’est pas mienne du tout. Lorsque je fais quelque chose à contrecœur, cela se termine parfois mal, mais au lieu de me dire que je n’aurais pas du le faire, je me dis que j’aurais dû prendre d’avantage sur moi ! J’ai beaucoup de mal à accepter mes limites, je suis plutôt à me reprocher de ne pas réussir à les repousser. De ne pas savoir être plus patiente, plus inventive, plus en forme etc.

Cela me pose un problème. Je vois passer l’idée, elle me semble puissante, mais je n’arrive pas à l’attraper et à la mettre en moi. Pourtant cela me semble logique. Apprendre à nos enfants à faire attention aux besoins des autres pour mieux vivre avec les autres. Voir ses parents se respecter les poussera à se respecter eux-mêmes. Qu’est-ce qui me gène ? Pourquoi cette difficulté à me donner ces droits, cette place, cette possibilité d’affirmer ce que je suis, aime et ce dont j’ai besoin pour être bien ? Pourquoi cela ne me semble pas justifié ?

Je suis comme déchirée dans mes souvenirs. J’ai vécu toutes ces fois où ma mère a accepté quelque chose qui la faisait chier, je le vis encore. Je me sentais coupable de lui imposer quelque chose, à la fois je n’osais pas demander et à la fois avais du mal à m’en empêcher puisque je savais que ma demande serait satisfaite. Je cherchais des explications à ses mauvaises humeurs, des explications parfois tordues, puisqu’à la fois je sentais ce qui n’allait mais qu’elle m’affirmait le contraire : elle, l’adulte, ma mère, devait forcément savoir mieux que moi non (cf mon article à ce sujet) ? Et à la fois, je ne sais pas me donner cette place qu’elle se refusait, car alors je ne suis plus ce modèle de maman se sacrifiant pour son enfant, je renonce à l’idée de la mère parfaite, choses que j’ai intégrées dans le package « être une bonne mère », qui est inscrit dans mon corps par répétition. Et dont je vois pourtant qu’il n’a mené à l’épanouissement ni de l’une, ni de l’autre !!??

Je crois que je n’arrive pas encore à saisir l’essence de l’idée qui se cache derrière ces notions. Je n’ai pas intégré le cœur du message, il reste caché derrière des mots comme égoïsme, faiblesse… Alors que derrière se profilent plutôt les mots honnêteté, authenticité, cohérence. Respect de soi, et donc de l’autre…

(Image : Dr Ginott se montre curieux de voir le sourire chaleureux que la mère affirme montrer lorsqu’elle conduit sa fille quelque part, alors qu’elle n’aime pas conduire. Il lui affirme que sa fille est parfaitement consciente de l’humeur de sa mère, et qu’elle se sentirait plus à l’aise avec les émotions réelles de sa mère qu’avec un sourire de façade. )

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8 réflexions sur “La bienveillance commence par soi

  1. Alors si j’essaye moi aussi d’appliquer les principes d’ENV avec mes enfants et si j’apprécie particulièrement Faber & Mazlich, je ne suis évidemment pas d’accord avec toutes leurs orientations. Je crois que ça doit aussi résulter de nos différences culturelles, ces principes émanant avant tout d’une culture nord-américaine. Ils ne me semblent pas complètement transposables. Cette notion du « sacrifice de soi » (qui soi-dit en passant est plutôt catho, culturellement parlant) que tu n’arrives pas à effacer, je le ressens aussi comme une contrainte familiale (ma mère etc…). Maintenant, pour reprendre l’exemple de la mère, le problème me semble être dans le fait que, si l’on doit effectivement être attentifs à ce que l’on ressent et à ses besoins propres, on ne peut évidemment pas agir uniquement en fonction de ce ressenti et d’une bienveillance avec nous-mêmes. Je n’ai aucune envie d’apprendre à mes enfants qu’ils doivent d’abord s’écouter et agir en fonction de ce qu’ils ressentent en priorité. Les relations avec les autres supposent évidemment de faire des efforts, de faire des choses qui nous rebutent, qu’on n’aime pas, et l’inverse aboutit à un individualisme qui n’est pas ce que je veux transmettre à mes enfants. Maintenant les efforts doivent évidemment être partagés et ne pas être dans un seul sens (l’épluchage des carottes pour reprendre l’exemple des vendredis intellos) et il n’est pas question de donner l’apparence d’une absence d’effort (« j’aurais préféré faire autre chose, mais ok je t’accompagne » pour reprendre l’exemple de la voiture).

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    • Je suis plus proche de l’autre inverse (ne pas prendre assez soin de soi en fait), du coup lorsque je présente les choses je donne peut-être l’impression que l’autre versant (se faire passer toujours en premier sans faire de compromis) est plus vert, mais ce n’est pas le cas 🙂 Je suis d’accord avec toi, il ne s’agit pas de se transformer en égoïste ne faisant jamais attention à l’autre (et donc de transmettre ce comportement aux enfants). En revanche, et c’est quelque chose que j’ai du mal à faire, pourquoi ne pas se faire passer avant si ça ne gène personne ?? Il m’arrive très souvent de me freiner dans un moment pour moi alors qu’il n’empiète sur personne… et à le mettre totalement de côté si jamais il dérange un tout petit peu, plutôt que de chercher un compromis qui puisse satisfaire tout le monde.
      Pour moi l’idée présentée ici est que chacun puisse prendre sa place dans le respect de l’autre.

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  2. Je retrouve quelque chose que j’ai également vécu dans ce que tu dis, mais sans parler de confiance en soi et de l’idée de se surpasser… Je ne sais pas si ça peu t’aider alors si ce n’est pas le cas n’en tiens pas compte 😉
    J’ai toujours vu en mon père l’image de l’homme viril, fort, qui prend sur lui pour prendre soin de sa famille, ne montre pas ses émotions et reste irréprochable. L’image du Héro en fait! Puis un jour, sans donner de détails, il est tombé de son piédestal, mon père n’était qu’un homme! Depuis j’ai du mal à revoir en lui rien qu’un peu de cette grandeur, je ne vois que cet homme faible, incapable d’assumer ces erreurs…
    Ce que j’en ai déduit, pour mes filles, pour leur apprentissage, c’est qu’il ne faut pas être parfait, au contraire! On a le droit de se tromper de faire des erreur, la seule chose est de savoir les assumer, dire « oui j’ai eu tor, je me suis trompé » pour ne pas recommencer, évoluer. De cette manière un enfant sait que si maman dis qu’elle peut se tromper, c’est que lui aussi, qu’il n’y a pas de mal à ça.
    Personne n’est parfait, nous ne sommes pas des super-héro, nous sommes juste humain 🙂

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    • Je souris un peu jaune parce que mon premier réflexe en te lisant, c’est de me dire que ce père n’aurait jamais du descendre de son piédestal, qu’il aurait dû continuer à prendre sur lui. Je SAIS que ce réflexe n’est ni réaliste ni souhaitable, mais j’ai vraiment du mal à m’en débarrasser (normal, c’est un réflexe). Ca viendra !! Car tu as raison, se montrer parfait c’est participer à la pression de la perfection sur nos enfants (et d’ailleurs, sur les autres parents). Il faut réussir à leur montrer qu’être faillible c’est totalement normal et qu’il ne faut pas lutter contre… Tout un apprentissage en ce qui me concerne ^^

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      • Ce qu’il faut savoir c’est que mon père n’est pas descendu de son piédestal, il s’est effondré! A force de toujours prendre sur lui il en est devenu dépressif et sa seule échappatoire a été d’apprendre à penser à lui et de partir…
        Je crois que le plus dure c’est de trouver un juste milieu entre penser aux autres et penser à soi. Alors ne t’oublie pas! Tu as le droit de penser à toi, tu en as même le devoir! Parce que s’oublier s’est risquer de s’effondrer au point de ne plus être capable de penser à l’autre… Penser à toi et à ton bien être c’est rester disponible émotionnellement parlant pour ta famille. Enfin c’est mon point de vue 🙂

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      • Je suis totalement d’accord. Tout mon travail est de me débarrasser des réflexes « ne sois pas égoïste » « tu n’as aucune raison d’être si fatiguée » « prends donc un peu sur toi » etc. Je vois bien concrètement que si je lève le pied je suis plus disponible, qu’après une sortie je suis bien plus réceptive aux demandes de mes enfants. C’est « juste » pas l’habitude. Ca viendra !!

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  3. Je suis sans doute moins renseignée que toi sur l’éducation bienveillante mais il me semble qu’elle implique un grand dévouement. Dévouer son temps pour expliquer, au lieu de crier, dévouer son énergie pour ré-expliquer, encore et toujours car on part du postulat que le petit ne maîtrise pas encore ses émotions et que dès lors, il est inutile voire délétère de lui prêter une intention de nuire (disons, d’embêter le parent).
    J’adhère à 100% à ce discours, mais je pense que la notion de dévouement est très proche de celle de sacrifice. Non qu’éduquer son enfant de manière bienveillante soit une souffrance, au contraire… Un sacrifice de soi au profit de l’autre, l’enfant étant moins capable de gérer ses souffrances justement. Sauf qu’en se considérant comme maître de ses douleurs – parce qu’adultes – on se surestime beaucoup. Je n’ai pas de réponse ou de solution à apporter mais comme tu le dis, il faut certainement s’autoriser à dépasser cette vision de soi comme égoïste, et être capable de l’expliquer à l’enfant.

    (Commentaire posté par Aevole car ohmonbb rencontre un problème avec son compte)

    Aimé par 1 personne

    • Oui je crois que ce type d’éducation demande une grande disponibilité affective pour accueillir les (nombreuses) émotions d’un enfant au quotidien. Ils vivent tout tellement fort… Mais une disponibilité entière toute la journée ne me paraît pas humaine. Malheureusement je trouve que beaucoup de livres/sites CNV parlent trop de l’enfant et pas assez du parent, ne prennent pas en compte que la disponibilité du parent à gérer toutes les émotions de l’enfant est limitée, et ne donnent pas forcément de piste pour gérer cette limitation… avec bienveillance !
      C’est pourquoi j’apprécie Faber & Mazlish car, si le message est bien le même, il est présenté du point de vue du parent et l’invite à faire des compromis afin de s’autoriser aussi la bienveillance avec lui-même. Tu as raison, on se surestime à croire qu’on peut maîtriser toutes nos émotions et il faut apprendre que c’est normal et même souhaitable de ne pas le faire… Et là je bloque encore ^^

      Aimé par 1 personne

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