Dix

La semaine passée, mon fils, mon aîné a eu dix ans. Laisse moi te parler un peu de cet enfant, et te raconter pourquoi ce lien est si riche et si compliqué.

Ce gamin, il est génial, évidemment. Il est tellement, tellement tant de choses. C’est un grand gaillard tout fin, doté d’une intelligence fine et rapide, d’une poésie et d’une sagesse qui me scient régulièrement.
Il adore grimper, aux arbres mais pas que – mais pas trop haut quand même. Il adore coder sur Scratch. Il passerait des heures à alterner entre vidéo, code et console. En ce moment il aime beaucoup l’univers de Mario. Il s’intéresse beaucoup à l’espace et d’ailleurs ses cadeaux d’anniversaire étaient tous orientés dans cette direction.

On s’aime, on s’adore, c’est évident ? Eh bien, pas toujours. Notre lien est compliqué, depuis le départ. Ca fait dix ans que j’essaie, que j’essaie comme une folle, à en douter de mon amour pour lui, et de son amour pour moi. C’est tellement dur parfois. Il a aussi mes plus gros défauts, ceux que je déteste tant chez moi et que je voudrais épargner au monde entier, surtout à mes enfants ; mais je ne peux pas !
On a peine à trouver des sujets qui nous attirent tous les deux pour passer du temps ensemble. Ca manque…
On est passés par tant de choses tous les deux. Dix ans putain ! Ce jour-là j’aurais voulu le tenir dans mes bras pendant une heure et tout réparer…
Le lien n’a jamais été une évidence, et chaque fois que j’y pense il y a cette phrase qui vient se cogner à mon esprit.

Cette phrase, ma mère l’a prononcée à la maternité quand elle l’a rencontré. C’était peut-être anodin, c’était peut-être sans malice, malheureusement elle s’est ancrée durablement en moi. « Lui et moi on a eu le coup de foudre ». Cette phrase n’a jamais cessé de me blesser depuis. Je croyais que c’était passé, mais elle m’est revenue en pleine figure le jour de son anniversaire. Ce jour aussi, où mes règles sont arrivées en avance (ce qui est fort rare, et particulièrement en phase d’hypothyroïdie comme c’est le cas actuellement), avec un point commun avec celles du post partum.
Mon être avait un message à faire passer et une naissance à refaire.

Ma mère m’a souvent dit qu’elle n’avait pas eu le coup de foudre à la naissance. Ce transport ressenti quand on met le bébé sur le ventre, connaît pas. Ce partage-là c’était pour dire que c’est pas obligé, qu’on peut le vivre ou pas, qu’on est toutes différentes. C’était OK jusqu’à la naissance de mon fils.

Mais pas ce jour-là. Cette phrase m’a fait du mal, lui à fait du mal à travers moi, nous a fait du mal. En plus, je m’enfonçais dans la dépression, postpartum ou liée à de veux traumas ou à la thyroïde qui avait lâché, je ne sais pas.

Alors, j’ai activé une de mes armes, « la maman intérieure » (j’écrirais là-dessus un jour, parce que les tweets c’est facile à rédiger et poster, mais moins à conserver).
Eh bien ma maman intérieure, cette phrase, elle l’a très mal prise. Mais enfin ! On ne dit pas un truc pareil à une mère ! Encore moins à sa fille ! Encore moins après avoir plusieurs fois confié qu’elle ne l’avait pas ressenti pour les siens ! Et encore moins pour le reprocher ensuite cette idiote impression « on dirait que tu crois que je veux te voler ton fils ! »

J’ai sans doute trop cristallisé dessus, tout cristallisé dessus, je mets probablement trop de sens. Une façon aussi de déporter ma responsabilité ? Souvent je me dis que j’en fais trop porter à ma mère, c’est facile, on ne se parle plus. Les absents ont toujours tort… Toujours est-il que j’ai senti une barrière entre lui et moi. Longtemps. Trop longtemps.

Mais mon fils, lui, il m’attend. Il m’attend avec la patience qui le caractérise pour les choses en lesquelles il a la foi. Il m’attend avec la confiance d’un enfant qui pense que bien sûr, maman va venir, évidemment.

J’arrive.

Ce texte d’abord rédigé en tweets sur le coup et enrichit ici, a eu un énorme impact. Ca ne fait que quelques jours c’est vrai. Mais j’ai envie d’y croire. J’ai envie de croire que le plus difficile est derrière. Et si jamais ça n’était pas le cas, ça m’aura apporté de la paix, et ça c’est très précieux.

4 réflexions sur “Dix

  1. Mais oui, poser les mots, c’est possiblement changer le cours des choses. J’en suis persuadée.
    Et ce que tu en dis, c’est que tout est là…
    Plein de bises

    J’aime

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