Peler l’oignon

J’ai de la chance.

Nous vivons en maison, ce qui simplifie de beaucoup le confinement.
Mon mari est en télétravail, alors pas de soucis à l’imaginer dans son open space. Et son salaire est maintenu. Il apprécie énormément cette pause dans les transports et peut s’isoler pour travailler.
Nous pratiquons l’IEF : pas de continuité pédagogique, de soucis de connexion, de recherche d’organisation… c’est déjà notre quotidien.

Reste l’actu, l’angoisse, les chiffres, les courbes, mais je n’en dirai pas plus ici.

Il y a eu l’échange avec ma mère. Qui m’a d’abord plongée dans la tristesse puis d’une certaine manière libérée. Jusqu’ici, c’est mon mari qui avait (tenté de) dialogué(er), qui avait mis des barrières, et même si c’était nécessaire car je ne pouvais le faire, je me sentais lâche. Cette fois-ci, c’est venu de moi, et ça a changé quelque chose. La relation se brise de plus en plus définitivement, ainsi que les chaînes qui vont avec.

Je me suis mis à mi-temps : les enfants le matin, et moi l’après midi. En restant disponible, mais en m’occupant de mes petites envies. Couture lecture ou même rien… Et un nouveau poids s’est envolé… Mais lequel précisément ?

D’abord et tout simplement : j’ai pu faire des choses dont j’avais envie depuis des mois. Une grande frustration s’est peu à peu effacée, tandis que la joie de vivre refaisait surface. Je me suis entendue rire davantage, je me suis vue avoir envie de me lever le matin. Et que ça fait du bien. Et puis… mes enfants ne vont pas moins bien pour autant.

Et puis il y a eu un tweet, à propos de la pause forcée pour les confinés, dont voici la traduction libre : « non mais honnêtement, ça me dérange vraiment de voir que je fonctionne très bien dès que je ne suis pas poussé dans des directions indésirables par la société et ça fait un peu mal de penser que dans quelques mois je serai forcé de rentrer là-dedans :/ »
Et là j’ai compris : ce qui s’est envolé, c’est la pression de sortir.

Cela fait des mois que je porte cela, sans me rendre compte à quel point c’est lourd : la culpabilité de ne pas sortir assez, de ne pas rencontrer assez, de ne pas instruire assez, de ne pas aller chercher assez à l’extérieur.
Eh bien là, on ne peut pas. C’est interdit. Aucune raison de culpabiliser dessus donc !

Je suis en contact virtuel avec tout un groupe de familles IEF locales, et elles sortent beaucoup. Certaines je crois tous les jours. Peu pratiquent les apprentissages formels, et il me semble aucune autant que nous. Je suis donc sans cesse confrontée à des points de vue et des façons de vivre très différents des miens et cela me met quotidiennement en doute.

Je ne sais pas bien quoi faire de tout cela, en tout cas, je ne me vois pas revenir comme avant, avec si peu de temps pour moi que je finis par en perdre l’envie de vivre mes journées. Est-ce que je vais pouvoir me réserver du temps sans que les enfants en pâtissent ?

Moi aussi, j’attends d’éclore.

7 réflexions sur “Peler l’oignon

  1. Qu’est ce que je te comprends ! En tant que mère au foyer/mère ief on se met une sacré pression ! Il faut en permanence que tout soit fait dans les temps et bien fait. Et cette obligation de résultat de l’EN ! Sans parler de ces jugements continu de la famille, amis, proches et même des voisins, inconnu dans la rue jusque dans les magasins… Alors oui, lâchons du lest, parce que maintenant ils savent tout le boulot que ça représente pour la plupart, et pour les autres… Ben qu’ils aillent se faire voir.

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      • Je découpe mes journée en plages horaire (d’où la pression de l’heure). Matinée jeux/au calme entres elles (elles s’entraident beaucoup les unes les autres et apprennent ensemble facilement), repas puis « classe » avec chacune son classeur cned de son niveau, gouter et là quartier libre avec un peu de temps pour moi! Evidemment on a des jours pause, le dimanche on décompresse avec un Brunch (je crois que c’est à toi qui j’ai piqué l’idée d’ailleurs), devant un film ^^
        Et toi tu gère comment?

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      • En parallèle de notre DM je profite de mon passage ici pour te dire qu’on a gardé la tradition du brunch du vendredi, et maintenant on fait même nos propres croissants. Avec une répartition équitable des tâches : je lis la recette, ils font, héhéhé 😀

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  2. tu le sais, je suis fascinée par ton quotidien, l’energie que tu mets dans la bienveillance avec les enfants et l’IEF. Même si mes enfants sont (habituellement) scolarisés, je ne sors pas. Je ne cours pas après les repas entre voisins ou les week ends chez les amis. Depuis que je travaille à la maison je ressens tellement de bien être à être chez moi, dans mon cocon, que sortir est encore plus pénible qu’avant. Emmener et chercher les enfants à l’école (à 20m de la maison) est une vraie plaie pour moi, c’est difficile au quotidien de voir des gens, de dire bonjour. Si y a une chose au moins que j’ai apprécié c’est cette dispense de faire la bise ! Haaaaaaaaaa ❤ bordel, ça fait du bien. Une pression sociale est sur tout le monde, et on se met aussi notre propre pression en plus. Bisous

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    • Je découvre que la réponse que je t’avais faite est restée dans les brouillons, elle n’est plus d’actualité alors en voici une autre : déjà merci de ton message, il me fait chaud au cœur. Je trouve que ce confinement (et le déconfinement) ont révélé beaucoup de choses. Sur notre monde, sur nos vies, sur nous-mêmes… C’est passionnant et angoissant aussi. Pour ma part c’est l’occasion de remettre des choses à plat et je l’espère, d’affronter la suite avec encore plus de sérénité 🙂
      Et sinon, tentée par l’IEF ? 😛

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