Pitié, dites-moi que…

La psy m’a dit que quand je commencerais à récupérer, j’allais commencer à m’ennuyer. Qu’il faudrait alors que je garde des temps pour moi, pour retrouver des envies, et entamer la frustration accumulée depuis des années.

J’ai récupéré un peu. Bon. J’ai dormi trois nuits quoi. On est très loin du compte, il faut absolument que je l’écrive et que je le croie, pour ne pas tout recommencer comme avant et retomber au fond de l’épuisement.

J’ai commencé à m’ennuyer, voilà. Mon mari et mes deux grands sont partis chez beau-papa, je suis seule avec la troisième, qui semble vouloir s’apaiser. (Tu la vois la goutte de sueur « pourvu que cette phrase ne me porte pas la pouasse ?)

J’ai gagné quelque points d’énergie. DONT JE NE SAIS ABSOLUMENT PAS QUOI FAIRE.

Si effectivement je refoule mes désirs et ma personnalité depuis l’enfance, ça a eu le temps de devenir un réflexe. Parfois je détecte qu’une envie est passée, mais je n’ai pas le temps de savoir ce qu’elle était, tant elle a été vite refoulée. Je cherche, j’essaie de retrouver le fil de pensée qui l’a fait naître, et rien.

Et l’angoisse monte. Elle monte, elle monte, elle monte. Elle prend le cœur, elle prend la gorge. Et avec elle la colère.

Non, pas encore ! Non, NON, NON ! Je veux vivre, exister, être bien.

Je ne veux plus n’exister qu’en étant mal. Je vois bien qu’une part de moi se réjouit du diagnostique épuisement. Parce que c’est une définition. Qui je suis ? Une mère. Une mère épuisée. C’est une réponse. Une réponse de merde, une réponse qui montre que non j’existe pas comme il faut, mais qu’au moins j’existe.
Alors si je ne suis plus épuisée, et que mes enfants ne sont pas là, je suis quoi ? Rien. Rien, rien, rien.

Je passe une semaine seule et je ne mets pas de bordel (pas besoin de ça pour exister, y’a personne pour le voir).

Je ne veux pas, je ne veux plus, je ne PEUX plus vivre une existence qui consiste à choisir entre une forme de maladie (asthme, allergies, sciatique, épuisement) et l’angoisse de n’être RIEN.

Je suis là. Je suis un corps qui effectue des actions. Certaines bien (techniquement, je suis une bonne maman. Je sais comment les prendre, je sais pourquoi, quand, comment). D’autres mal. Mais ça ne suffit pas.

Les petits bonheurs ne suffisent pas. Oui c’est merveilleux les câlins des enfants, les sourires, les rires, les partages. Je me sens horrible de le dire, mais ça ne suffit pas.

Le tricot, ça ne suffit pas. J’aime tricoter. J’aime tricoter après une journée bien remplie, quand il y a un programme sympa-mais-pas-au-point-de-juste-regarder à la télé. Pour me détendre, me reposer. Je n’aime pas que le tricot soit l’unique occupation plaisir d’une journée.

Pitié, dites-moi…
Dites-moi que ça va forcément venir. Qu’il est possible de retrouver ses désirs, ses envies, de les assouvir.
Dites-moi que ça ne prendra pas trop de temps.
Dites-moi qu’il n’y a personne au monde qui soit incapable de les retrouver.
Dites-moi que ça vaut le coup de subir l’angoisse parce qu’elle a une fin, une vraie fin, une fin prochaine.

Dites-moi qu’il faut tenir parce c’est juste passager.
Pitié, dites-le moi…
Mais seulement si c’est vrai. 

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6 réflexions sur “Pitié, dites-moi que…

  1. Est-ce que tu te souviens de jouets ou de jeux qui te plaisaient plus jeune ? Ou même à l’école élémentaire, quelles activités te plaisaient le plus ?
    Je suis persuadée qu’on ne change pas tant que cela avec les années, niveau remplissage des réservoirs émotionnels.

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