Mais vous n’êtes pas fatiguée

La troisième séance avec ma psychologue a été très riche. Je suis restée deux fois plus de temps qu’une séance normale. C’était un moment « down » qui a permis de libérer beaucoup de choses.

On a essayé de débusquer le loup aux grandes dents qui me mord si fort en me racontant que je devrais disparaître.

J’ai parlé du fait que ma mère ne voulait pas d’enfant, et surtout pas de deuxième (je suis la deuxième), et que mon père voulait un garçon. Mes parents m’adorent, mais je porte cela quand même. Et peut-être d’autant plus que ma sœur est brouillée avec eux. Il ne leur reste « que moi ».

L’occasion de vider le sac de tout ce passif entre ma sœur et nos parents. De peut-être comprendre que si toute petite je me suis fait discrète, c’est parce que je n’aurais pas dû être là, que je n’aurais pas dû être une fille, qu’il n’y avait pas beaucoup de place à cause des problèmes de ma sœur.

Mes sentiments vis à vis de cette situation sont très complexes. La volonté de prendre partie, la volonté que tout s’arrange. La fierté un peu malsaine d’être du coup l’enfant préféré… et l’inquiétude de ne l’être que par défaut. L’envie d’être là pour tout le monde, pour les blessures de tout le monde, et l’impuissance aussi. La colère devant l’injustice, la colère devant la place que tout ça prend, encore, et toujours.

Depuis toute petite, je m’excuse d’exister, et en même temps, je m’impose par la maladie ou le bordel. Une façon insatisfaisante d’être là, quand même.

« Vous étiez une femme, maintenant vous êtes une femme et une mère. » Non. Je n’étais « rien » et maintenant je suis « rien et mère ». Je n’arrive pas à me donner de place. A faire ce que je voudrais. Il y a la peur de l’échec née par un impératif de perfection, mais il y a aussi le fait de devoir passer en dernier.

Raconter la frustration permanente, que je génère et que génère la vie avec trois enfants. « Vous êtes tout le temps frustrée. »

Raconter aussi la fatigue, les réveils. Les nuits interrompues, les siestes interrompues. La colère qui monte lorsque je me fais réveiller.

« Mais vous n’êtes pas fatiguée, vous êtes épuisée. C’est normal de vous sentir agressée par les réveils. Et c’est un signe d’épuisement ».

Raconter que j’ai du mal à aller dormir, tendue d’avance à l’idée d’être réveillée. « Par contre ça, ça ne doit vraiment pas s’installer. Le sommeil, c’est vital ! »

Voilà comment s’est terminé la séance, avec des conseils pour passer le relais. Et le mot épuisement chemine dans ma tête. Mon premier réflexe a été de surfer sur les symptômes, probablement pour me prouver que mais non, ça ne va pas si mal que ça, tu n’as pas tous les symptômes donc ce n’est pas si important. Mais cette fois-ci je n’ai pas pu faire l’autruche. Parce que tous les symptômes listés sont présents.

Alors j’observe. J’observe toute les fois où j’ai envie de dormir mais je me dis « allez finis encore ça c’est rien ». Bah non c’est pas rien. C’est repousser le moment du repos, souvent jusqu’à le rater.

Je vois toutes ces choses que je fais parce que « il faut », alors que j’en ai aucune envie, et que je sais que ça peut très bien attendre, voire être complètement oublié. Qui m’oblige à charger des photos sur Ravelry quand j’ai envie de dormir ou de me reposer ?

J’observe les réflexes de refoulement de la colère. « On s’est plantés de parc pour le RDV pique nique, mais c’est pas grave y’a pas de quoi se mettre dans cet état ». Si, il y a de quoi. J’ai du mal à me lever le matin alors traverser une partie de la ville avec trois nains affamés ça m’énerve, c’est trop. Presque tout est trop de toute façon. Cette fois-ci, j’ai laissé la colère circuler plutôt que tenter de la museler, et elle a fait beaucoup moins de dégâts.

J’observe comme j’ai du mal à faire ce dont j’ai envie et qui pourrait me faire du bien. Comme cette fois où je sentais la frustration et la tension monter, et je rêvais de m’isoler avec un livre audio et mon tricot. Il a fallu mon mari pour réussir à le faire. Et constater comme ça m’a fait du bien. Plutôt que repousser la sensation à coup de « mais non il n’y a pas de raison », et finir par exploser.

Je crois que c’est ainsi qu’explosent mes colères que j’ai l’impression de n’avoir pas vu venir, mais aussi les gros moments de déprime, les pensées noires qui tout à coup m’étouffent.

Je vois comme j’ai pris l’habitude d’endosser un rôle lorsqu’on rencontre des gens. Pour faire comme si ça allait. Pour montrer que la vie qu’on a choisie est chouette. Et du coup, j’ai de moins en moins envie de voir des gens, parce que jouer ce rôle demande une énergie considérable. De plus, cela entretient le cercle : si je suis capable « d’aller bien » pendant quelques heures, c’est bien qu’il suffit que je me botte un peu les fesses pour que ça aille bien tout court, non ?!

Alors ce week-end, j’ai accepté que non, je n’étais pas assez en forme pour une journée à la plage. Ni pour le plan B de deux sorties prévu avec nos amis. Mon mari en a fait une avec les grands, et j’ai participé seulement à la seconde. Et tout le monde sachant comment j’allais, j’ai laissé mon costume au placard. J’ai continué d’en faire le moins possible, mon mari a pris le relais chaque fois qu’il voyait que ça devenait trop, et nos amis aussi ont pris le relais. C’était la première fois depuis longtemps qu’une rencontre avec des gens m’a fait du bien sans que je termine sur les rotules.

Plus je lâche ces choses et plus je prends conscience du point auquel ça ne va pas. De tout ce qui est devenu mon quotidien et qui n’est pas normal, que je ne devrais pas accepter. C’est une telle montagne… sur laquelle j’accepte enfin de lever les yeux.

Petit à petit, je passe de ça

autruche

à çaAutruche2

Merci Comme une envie pour les images 🙂

Et ce n’est pas parce que j’ai quelques heures, une journée, ou même trois jours où je me sens bien, qu’il faut refermer les doigts et raconter que ça y est, c’est derrière moi, c’est fini tout ira bien sans rien changer…

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5 réflexions sur “Mais vous n’êtes pas fatiguée

  1. Ma Belle, ça fait plaisir de lire que tu arrives à parler de ce qui ne va pas et que tu arrives à mettre des mots dessus et surtout à t’écouter et prendre soin de toi! Certes, tu es forte mais tu as aussi besoin de prendre soin de toi et lire ces mots me font plaisir. Mais sache (et tu le sais, je radote souvent pour ça) que si tu as besoin, même loin je suis là. C’est le début d’un grand voyage qui ne peut que bien se passer pour arriver à la destination finale: ton bien-être!! Prends soin de soin et surtout ECOUTE toi mais en tout cas, tu es sur la bonne voie! Bisous bisous

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  2. Pingback: Mon épuisement | Aevole

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