Etre au foyer

Désert-660Etre au foyer, c’est avoir la chance de profiter d’une chose extrêmement précieuse : le temps.

Le temps de se mettre aux fourneaux, le temps de lire, le temps de tricoter, le temps de s’occuper des papiers (oui bon OK j’en ai quand même une tonne en retard), le temps de s’occuper de l’appartement, d’aménager, de trier, de chercher des idées etc.

C’est pouvoir profiter de son enfant, le voir grandir, évoluer, découvrir, changer, s’émerveiller de tout.

C’est éviter les transports, pouvoir faire ses courses aux heures creuses, aller à la poste quand il n’y a pas 40 personnes pour un guichetier.

C’est pouvoir sortir lorsqu’il fait beau et rester à l’abri lorsqu’il pleut.

C’est aussi parfois être seule. Passer des journées entières en tête-à-tête avec un enfant qui ne parle pas encore, un chien qui s’exprime encore moins, et un lapin ma foi fort silencieux. C’est remplir son sac de pensées et n’avoir que son mari sur qui le vider lorsqu’il rentre d’une journée parfois éprouvante au travail.

C’est aussi parfois se sentir inutile. Je ne ramène pas d’argent moi. Je pourrais retrouver mon poste d’ingénieur et même créer de l’emploi en embauchant nourrice et femme de ménage. C’est faire et refaire des tâches invisibles, puisque mon travail, c’est essentiellement de faire en sorte que l’appartement se ressemble à 24h d’écart. Qui verra que j’ai nettoyé trois fois la table du salon ? Qui verra que j’ai rangé cinq fois les jouets ?

C’est aussi parfois se sentir disparaître. J’ai souvent cette sensation que mon cerveau a fui quelque part, loin. Que je ne sais plus penser, réfléchir, que je serais bien incapable justement de reprendre mon travail d’avant. Sensation nettement renforcée quand je lis un livre dont je ne saisi pas la substance. Que je n’ai plus rien à dire ou à apporter, et qu’enfermée dans mon appartement, je pourrais bien y devenir de plus en plus transparente jusqu’à disparaître.

C’est aussi parfois avoir envie de hurler pour dire « je suis là moi aussi ! » quand le chien réclame 25 fois l’ouverture d’une porte ou me fait sans cesse trébucher, quand le petit ouvre une porte en grand alors que je suis derrière, qu’il me fait lever alors que j’ai mal au ventre, parce que c’est leur nature de vivre leur vie et de n’avoir pas encore de prévenance.

Oui, c’est parfois cette sensation de n’être rien.

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18 réflexions sur “Etre au foyer

  1. Pingback: La grossesse n’est pas une maladie… « Les Vendredis Intellos

  2. C’est exactement ce que je ressentais quand je ne travaillais pas. Cette impression d’être inutile mais pourtant je n’ai jamais été aussi heureuse qu’à ce moment-là. Maintenant je travaille. Et je n’ai plus le temps de rien, sauf de ramener effectivement de l’argent dont je n’ai que faire, puisque je travaille (et donc n’ai pas le temps de le dépenser correctement !!)…

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    • Je me souviens m’être souvent dit que c’était bien mignon de gagner des sous pour n’avoir jamais le temps d’en profiter !! Y’a pas, ‘faut gagner au loto…

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  3. c’est tout ça c’est clair… je trouve que ça renforce, on sait où se trouve l’essentiel: pas au travail. avant je m’engouffrai dans le travail, j’en donnais trop… je pense que mon futur travail sera différent (travail rémunéré j’entends;-))

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  4. Oui, c’est exactement ce que je ressentais aussi. Et pourtant, si j’en avais eu la possibilité financière, c’est la vie que j’aurais préféré continuer à avoir. Depuis septembre je suis en formation rémunérée, et de ce point de vue je te rassure : les capacités intellectuelles reviennent vite. Il est vrai aussi que c’est agréable de retrouver une vie sociale, du moins au début. Mais ces points positifs se sont vite estompés à coté de tous les désavantages de ce nouveau train de « vie ». Car en l’occurrence, je n’ai plus de vie… 4 mois passés à courir toute la semaine, enchaîner corvées ménagères et travail perso soirs et we… ma fille passe 50h hebdo en crèche, est malade toutes les semaines (et nous aussi du coup), on passe nos soirées à gérer ses pleurs d’épuisement (ou crises d’opposition…) et nos nuits n’ont jamais été aussi courtes et pourries. On est sur les genoux et on n’a plus de temps pour rien… et cerise sur le gateau, la famille trouve à nous reprocher de ne pas aller suffisamment les voir alors qu’on se débrouille pour voir les uns ou les autres presque tous les we… je rêve.
    On doit travailler pour pouvoir vivre, mais en travaillant on n’a plus le temps de vivre. Il y a comme un problème quand même.

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    • Oui comme tu dis, il y a comme un problème… C’est très difficile d’équilibrer vie pro et familiale. Les temps partiels ne sont pas faciles à obtenir, quant au télétravail il est rare et c’est tellement dommage… Si je devais reprendre mon travail, je verrais mon petit 30 minutes le soir, et le télétravail un jour par semaine que j’avais obtenu pour préserver mon dos m’aurait été supprimé pour cause d’enfant à la maison.
      L’autre jour je me disais que ça serait chouette que l’état délègue de l’administratif aux femmes au foyer, moyennant rémunération, ils feraient des économies, et la paperasse ça se gère très bien à distance. On peut rêver hein ? 😉

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  5. Tes mots sont très justes… J’ai aimé reprendre le boulot, 2 fois 3 ou 4 semaines… pour avoir une vie sociale, parler avec des adultes, et puis parce que j’aime mon boulot. Mais j’ai aussi aimé (encore plus ???) rentrer à la maison, reprendre ma routine, re-voir bébé gluon tout le temps… et à nouveau, parfois, l’envie de travailler me reprend, en dents de scie…

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    • J’ai la chance d’avoir le choix et je ne regrette pas celui que j’ai fait. Avec le travail, les transports, la fatigue, je sais que je n’aurais pas cette relation avec mon fils. Puisqu’il n’est pas possible pour l’instant de concilier vie de famille et travail, j’ai choisi certains avantages… et je fais avec les inconvénients ^^ »

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  6. Au terme de 6 mois a la maison (congé mat + congé sans solde + arret maladie), je dois reprendre le chemin du boulot la semaine prochaine et je pense etre aussi passée par toutes les étapes que tu décris. Mais paradoxalement, cette fois-ci (contrairement à mon premier et plus bref congé mat), je me sentais bien à la maison. Je ne voulais pas etre ailleurs. Pourtant, j’ai toujours dit que s’il y avait une bonne raison au fait que j’ai un travail (à part ramener de l’argent !), c’était celle de me sentir utile. Et bien ce sentiment a beaucoup évolué : soit je dois arriver à me sentir utile même en l’absence de job (enfin, faut dire que ce n’était officiellement qu’une « pause » aussi), soit je commence enfin à me poser de vraies questions sur le sens général de ma vie. Parce que malheureusement, même en exerçant mon job, j’en arrive à me demander si je suis toujours capable de cogiter (merci les VI pour me rassurer souvent à ce sujet) correctement… alors ça pousse a une sérieuse remise en question sur le contenu !
    On va voir où tout ça me mène…
    J’espere que toi aussi tu y verras plus clair prochainement, notamment avec l’arrivée de bébé 🙂

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    • C’est aussi pour faire travailler ma cervelle que j’essaie de me remettre aux VI. Par contre, chaque fois que je planche pour, j’ai vraiment l’impression d’être décérébrée, et j’hésite à publier. J’ai vraiment la sensation de ne plus savoir faire…
      Quant à être utile, c’est vrai que dans mon précédent boulot on ne peut pas dire que c’était transcendant non plus, mais c’est très différent lorsqu’on a des gens qui posent des questions, des mails qui arrivent, des objectifs à remplir. Même si au fond ce n’est peut-être pas si utile que ça, l’activité masque le fond, et puis au pire on le fait pour la paie !!

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  7. Pingback: Allô docteur? {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  8. En lisant ton article, j’ai envie de te demander: qu’est ce que c’est, être utile, de ton point de vue? Une stimulation intellectuelle passe-t-elle forcément par le travail? Des relations sociales naissent-elles, pour toi, uniquement du travail, ou un autre type de réseau, genre association, te conviendrait? Tu dis que ton « boulot » consiste à ce que l’appartement ressemble à ce qu’il était il y a 24h. Mais, finalement, au boulot, c’est pareil: le but du « jeu », c’est qu’il ne reste aucun papier à traiter sur le bureau en partant, comme hier…

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    • Disons que la stimulation intellectuelle de la maman avec un petit bout de 18 mois est forcément limitée. Ca changera peut-être quand il sera temps de l’instruire (école à la maison j’espère). Bien sûr on peut la trouver ailleurs, dans les livres, sur internet, mais… pour en faire quoi ? Je n’arrive pas à lire pour lire, engranger du savoir sans m’en servir ou le restituer. C’est pour ça que j’essaie, mais avec grandes difficultés, de participer aux vendredis intellos, et de trouver des objectifs à réaliser…
      Ensuite, lorsque je maintiens mon appartement, je le fais pour ma famille, ça fait 3 personnes. Maintenir mes tâches au boulot, c’était pour une équipe de 20 personnes, et on peut dire que ça servait a priori l’entreprise, donc potentiellement 200 personnes. C’est toujours une goutte d’eau, mais une goutte un peu plus grande… Si dans le fond je suis relativement persuadée que mon boulot ne servait à rien là-bas, c’était masqué par le fait d’être sollicitée pour des tâches, des questions, des explications etc.
      Ce n’est pas facile de n’exister quasiment que pour soi, sans répondre à la demande ou à l’attente de quelqu’un. Mais finalement, c’est peut-être comme ça qu’on trouve le plus de réponses ?

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      • Formulé autrement: il faut que tu trouve l’utilité du machin avant de l’apprendre? donc, exemple idiot, utilité: mieux connaitre le développement physique de tes enfants, apprentissage: anatomie et médecine? Exister par soi meme sans répondre à la dde/attente de qqn… Et si tu es ton propre client, ca marche? Par ex: Valloos-client aimerait manger un gateau au zébu, et valloos-fournisseur doit apprendre à le faire?

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  9. Bonsoir,J’ai accouché d’un petit garçon en mars dernier et je l’ai ressenti à 2 mois et demi. Cela faisait des vagues dans mon ventre, je le sentais aller d’un côté à l’autre.Ensuite nous avons pris des cours d’haptonomie (je le conseille à tous les futurs parents, c’est génial). Mon mari l’a senti à 3 mois et demi.Donc c’est fort possible de ressentir le bébé assez tôt même quand c’est le premier!

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