Ces gens qu’on a créé

L’autre jour je te parlais de ces enfants pré-confinés dans un rôle (Ne mettons pas nos bébés dans des cases), aujourd’hui je vais élargir le thème et te parler de ces stéréotypes qu’on créé et qu’on fait vivre.

 

Lorsqu’on est enceinte, on a presque toutes dans notre entourage une personne dont on redoute le comportement après la naissance. Cette personne qui va nous envahir, qui va s’approprier notre bébé, qui va le prendre sans qu’on le veuille, le toucher, lui dire « mon bébé ».

 

Et cette personne, on la rencontre, de fait.

 

Mais existe-t-elle vraiment ?

 

Je crois qu’elle existe en grande partie à travers nous.

 

Une belle-mère invasive, un papa qui n’en glande pas une, un parent culpabilisateur, une voisine commère, un collègue dragueur, un patron sournois…

Tous ces personnages existent « de base » mais aussi beaucoup « par nous ».

 

Généralement, il suffit de craindre quelque chose pour la voir partout, y compris là où cette chose n’existe pas.

Imaginons que je sois complexée par ma grande taille. Je prends le métro. Je croise le regard d’une personne qui semble m’observer. Je m’imagine que cette personne se dit « ohlala regardez-moi cette grande perche », et je me sens mal à l’aise. Sauf que si ça se trouve, cette personne se dit « j’aime bien ses lunettes », « zut j’ai oublié de prendre RDV chez le coiffeur », voire même elle ne se dit rien du tout et a juste les yeux dans le vague.

Plus on est complexé par quelque chose, plus on a tendance à voir des allusions partout. Notre susceptibilité génère alors disputes, incompréhensions, et elle nourrit notre complexe, et bien souvent sans aucun fondement.

 

Les mecs qui n’en glandent pas une à la maison existent. Mais combien sont des purs glandeurs ? Beaucoup d’hommes ne savent juste pas quoi faire, ni comment faire, et préfèrent ne rien faire (pour ne pas faire de travers, par flemme, pour ne pas se faire engueuler, parce qu’ils ne savent pas par où commencer…). Et il suffit juste de leur demander. Et d’accepter qu’alors, la tâche accomplie ne soit pas faite comme nous la ferions.

N’oublions pas à quel point les petites filles sont élevées dans le mythe du prince charmant, de l’homme qui va aux devants des désirs de leur dulcinée, qui devine leurs souhaits et les leur apporte sur un plateau d’argent. Et à quel point les petits garçons ne sont pas du tout éduqués dans ce sens. Et à quel point, même en grandissant, ils ne deviennent pas devins.

La belle au bois dormant pionce gentiment dans son château et le prince charmant arrive à la rescousse d’on ne sait où. Cendrillon perd sa chaussure et son prince débarque pour la lui mettre au pied et lui offrir le monde. Même Mulan ne drague pas son cher et tendre. Nos princesses sont fichtrement passives, elles attendent que leurs hommes fassent tout le boulot. Si t’es pas convaincue par cette image bien ancrée, lis donc un roman à l’eau de rose, ou zappe sur M6 un samedi après-midi, tu verras que même quand on s’adresse aux adultes, c’est la même rengaine.

Sauf que même dans les contes, quelqu’un vient souvent lui filer un coup de pouce, au prince. Les marraines de la belle au bois dormant lui indiquent la route, l’empereur de Chine engueule le beau guerrier pour qu’il se bouge le derrière, une copine bien informée vient glisser le conseil approprié…

Et dans la vraie vie ?

 

Je ne cherche pas à excuser tous vos hommes, chères lectrices, mais juste à encourager le dialogue. Beaucoup d’hommes sont confinés dans leur rôle de glandeur ou de père absent parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre, et que lorsqu’ils prennent une initiative, ou acceptent de faire une tâche, ils se font disputer parce que ce n’est pas bien fait.

Combien de fois ai-je vu, lu, ou vécu, un « non mais laisse tomber, je vais le faire, tu t’y prends comme un manche ». Et la femme d’être exaspérée de ne pouvoir compter sur son compagnon. Et l’homme énervé de se dire que si c’est pour se faire engueuler de toute façon, autant ne rien faire et passer du bon temps.

Je caricature… à peine en fait.

 

Tiens, ce matin encore, je m’énervais paske mon homme avait mis le petit à la sieste une heure trop tôt. Et que merde c’est bien la peine de poser des principes éducatifs si des que ça devient trop dur on le fiche au lit pour avoir la paix.

Ouais.Tu t’enflammes à peine ma belle…

Et là Vaallos se dit, avant de t’énerver, repasse-toi la conversation sur le principe éducatif en question dans ta tête.

Hum.

Oui c’est sûr que si je ne dis pas à chéri que petit bonhomme va à la sieste à 9h, étant donné que le dit chéri est au boulot à cette heure-ci, il ne risque pas de le deviner.

Voilà voilà…

 

Est-ce qu’il y a tellement de gens qui ont tripoté mon bébé sans mon accord depuis sa naissance ?

Il y en a eu, mais pas tant que ça.

Est-ce que c’était si pénible, si horripilant ?

Sur le coup ça m’a agacée oui, mais c’est passé, et ça n’a duré qu’une minute.

Et pourtant, en écrivant l’article Les rombières, j’ai entretenu le mythe, j’ai nourri la crainte des futures mamans, j’ai participé au mouvement qui consiste à rendre insupportable des gens qui sont peut-être simplement maladroits, ou en mal de bébé.

 

Je crois qu’avant d’accuser l’autre et de l’enfermer dans une jolie case estampillée d’un vilain mot, il faut d’abord se demander à quel point on le force à y entrer par notre propre comportement.

Et communiquer avec lui, lui poser des questions, lui expliquer des trucs.

Alors des fois on va tomber sur des vrais crevards, on va avoir des dialogues de sourd, on va user son énergie et sa salive dans le vent.

Et des fois aussi, on va être vachement surpris.

 

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